Rêve : DICTATURE

Préambule

Le thème est délicat, très délicat. La dictature dans un état modifié de conscience représente très fréquemment son contexte de vie, de la naissance à aujourd'hui.

JOUG  LIBERTÉ

Ce n'est que très rarement que ce type de messages est prémonitoire, cela étant, cette possibilité peut s'envisager mais elle doit être étudiée avec une grande circonspection.
Le livre de Charlotte Bérardt Rêver sous le IIIe Reich - ed. Payot - IIIe est une étude sérieuse qui atteste de la prémonition de tout groupe de personnes, toutes couches sociales confondues, sur ce qu'allait devenir l'Allemagne de la 2e Guerre Mondiale et sur le sort du peuple allemand.
Beradt Charlotte

Rêver sous le IIIe Reich

Dans un autre genre, un ami me raconta qu'il avait été très bouleversé par le comportement d'un de ses collègues qui non seulement s'était autoproclamé "rebirther", il s'était octroyé le titre de thérapeute avec le support des techniques d'hyperventilations, mais encore avait formé un centre communautaire retiré de toute vie sociale. Ce prétendu thérapeute avait fièrement raconter que son fils âgé, de 10 ans, avait "REVÉCU" une vie antérieure où il avait déclaré à son père (oui! vous avez bien lu, c'est son propre père qui "surveillait" son H.V.), qu'il avait été un nazi dans sa vie précédente, qu'il avait fait du mal à son père de cette vie-ci qui était simple soldat dans l'autre vie. S'il était devenu son fils pour cette vie présente, c'est qu'il devait se faire pardonner auprès de son père du mal qu'il avait fait en étant nazi. Bouleversé par ce qu'il avait entendu, cet ami me demanda comment était-il possible qu'un enfant qui n'avait accès ni à la télévision, ni à l'école, son père se chargeait de sa scolarité, pouvait se référer à des nazis?

dictature effroi Tout d'abord, on savait que l'enfant avait déjà été à l'école, au moins jusqu'à 8 ans peut-être 9. Ensuite, il avait déjà eu la télévision car la lubie de son père était récente. Il avait eu très largement le temps d'engranger des informations extérieures dans son esprit et de les mémoriser. Et enfin je lui expliquai que cette expérience de soi-disante vie antérieure était un ramassis de sottises, car l'enfant ne faisait que décrire la situation actuelle. Il vivait et très présentement dans un système dictatorial avec un père qui se comportait tel un dictateur, un inquisiteur des plus dangereux, n'hésitant pas à pénétrer la vie intime, la vie sensible, secrète, la vie intérieure de son fils. Ce dernier n'avait d'autre choix que de se déclarer nazi lui-même : le surconscient étant toujours un garde-fou assez sûr, l'enfant savait en son for intérieur


©John Heartfield- 1881-1968

qu'il risquait gros s'il se laissait aller à déclarer ouvertement sa révolte et sa colère contre l'emprise qu'il subissait. Et il y avait de quoi se révolter face à un père qui avait forgé une communauté pseudo-mystique de "haut niveau" dont les principes de base n'étaient que des interdits, des suppressions systématiques de tout ce qui permet une ouverture vers le monde extérieur, télé, école, livres… et les Autres, c'est-à-dire tous ceux qui vivaient en dehors de cette communauté.
Ce qui se remarque aussi très nettement, c'est l'incompréhension de l'enfant face à ces injustices. Il sent, il perçoit, il sait que quelque chose cloche sérieusement dans le comportement de son père. Mais, problème... c'est son père!
Et, comme tous les enfants du monde en pareil cas, il a probablement nourri de "mauvaise pensées" à son égard et étant soumis comme tout un chacun aux bons vieux réflexes de culpabilisation, au lieu de l'accuser, lui, le Père, l'adulte, le Géant, le Héros, il s'accuse: "j'étais un nazi qui t'a fait du mal".
Cette auto-accusation lui permet dans l'immédiat de donner un sens à son existence, puisqu'il faut bien avoir fait du mal à un moment donné ou à un autre, pour être puni de la sorte. Inconsciemment, il sait avec certitude que son père piétine son jardin intérieur, qu'il n'a pas à être témoin de son H.V., et encore moins la diriger: oui, un accompagnant peu scrupuleux peut diriger une HyperVentilation jusqu'à un certain point, par inductions, par des questions dirigées. C'est pourquoi le petit retient sa colère tout en dénonçant la dictature par chemin détourné. Je raconte cette anecdote car c'est un vrai scandale et un viol. Qu'un parent s'octroie le droit de tout connaître des pensées intimes et personnelles de son enfant montre bien la volonté de pouvoir de ce parent, et ce type d'interventions tuent l'âme de l'enfant. Ceci est valable quelque soit le rapport personnel qui nous lie avec un Autre, conjoint, ami d'enfance, connaissance privilégiée, membre de la famille, …

gland
Autre registre, autre exemple : En 1980, je fais la rencontre d'une femme, jolie (c'est important), d'une quarantaine d'année, ayant une fille de 15 ans. Elle me dit que sa fille et elle ont de très mauvaises relations, car la fille ne supporte rien d'elle. Elle me donne un exemple pour que je comprenne bien que sa fille est dans son tort: sa fille lui fait des scandales réguliers quand elle pénètre dans la salle de bain.
Du bout des lèvres, je lui rappelle qu'à 15 ans, on est assez pudique, que la salle de bains est un lieu intime réservé à la toilette et la nudité. Elle répond: "Justement, je dois vérifier ! C'est ma fille, et j'exige de la voir nue une fois par semaine! Elle n'a aucune raison de me cacher quelque chose, c'est moi qui l'ai mise au monde!"
J'avais 20 ans, je n'ai pas répondu. J'étais à la fois atterrée, écourée et révoltée. Je laisse chacun deviner les dégâts psychologiques que cette femme a créés chez sa propre fille.

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Autre exemple : Une femme ayant dépassé la quarantaine fait coup sur coup des rêves de dictature. Pour le premier, "Elle marche dans une ville en tenant des enfants par la main et en croisant des adultes l'air hagard, le pays a changé de régime. Elle dit à son ami, "ça y est c'est la dictature, tu vois ça pouvait arriver ici, aussi". L'ami en question vient d'un pays où la dictature règne; il répond: "On y arrivera ! Pour les enfants, on pourra toujours trouver une explication, car ils oublieront vite ces deux années".
La nuit suivante, "Elle voit un personnage déformé, vieilli, qui a les traits de son premier petit ami. Il lui montre quelque chose. Elle doit se cacher dans la dépendance d'une vieille maison, elle se baisse pour atteindre la cache où en réalité elle découvre qu'un homme possède des tas de poupées de la taille d'un enfant de 5-6 ans. D'un couteau, il y inscrit le signe de la croix gammée, en gros. Le front de la poupée saigne bien qu'elle soit en plastique. Elle s'enfuit. Mais elle se dit tout en rêvant qu'elle a été prise au piège d'une "malédiction", qu'on lui avait totalement interdit l'accès à une vie "normale"."
Dans la vie éveillée, elle s'est toujours grandement débattue pour protéger ses pensées, ses choix, ses orientations, ce qu'elle payait très cher, et quoi qu'elle fasse, elle n'arrivait jamais à atteindre un niveau de vie matériel minimum. Elle survivait au prix de grands sacrifices, et se faisait régulièrement spoliée par son environnement immédiat. Je l'ai rassurée car je pensais qu'elle était arrivée au bout de ses peines, qu'elle avait enfin réalisé que "ses échecs de vie", d'après son jugement, n'étaient pas de sa faute, qu'elle avait simplement imprimé un fort conditionnement à l'échec, et qu'elle n'avait cessé de culpabiliser pour avoir osé transgresser l'interdit de ses parents, à savoir d'avoir osé ne pas calquer son mode de vie sur les diktats qu'ils avaient énoncés.
Ces deux rêves correspondaient à un nettoyage de fond la libérant d'un passé très chargé. Il lui a fallu encore quelques mois pour se libérer de manière effective de ses anciens conditionnements.

J'ai donné ces exemples, car les rêves qui évoquent la dictature s'interprète au cas par cas. Les scénarios sont multiples et variés, toujours complexes et dépendent du vécu personnel de chacun.

gland


JOUG  LIBERTÉ